De la solitude à la communauté



Dans l'Eglise, les forts et les faibles, les « aidés et les « aidants », se retrouvent ensemble ! 
« C'est pourquoi accueillez-vous les uns les autres comme le Christ vous a accueillis » (Romains 15). L'Eglise est lieu d'accueil réciproque et d'équilibre dans lequel va s'exercer notre désir d'aider, mais dans lequel nous allons pouvoir aussi exprimer notre besoin d'aide. L'Eglise n'est pas un « club » où l'on se retrouve par affinité ou parce que nous avons des intérêts communs. L'Eglise est le lieu d'accueil et de vie des personnes graciées ! Des personnes qui ne se sont pas forcément choisies.

« Comme le Christ ». Le « comme » ne donne pas en exemple la façon, car celle du Christ est unique (référence à la croix), mais le champ d'application, l'ouverture, Jésus n'a rejeté personne à priori. « Comme » ne met pas en en évidence une manière particulièrement chaleureuse de recevoir par exemple, mais le fait qu'il n'y a pas de partialité dans l'accueil. Ce sont les critères de réception qui sont visés. C'est bien le sens du contexte (Romains 14), les uns (anciens païens) méprisent les autres encore marqués par leur éducation juive, (et vice versa en remplaçant mépriser par juger). Accueillez-vous comme le Christ vous a accueillis : le premier verbe est à l'impératif présent (continuez à vous recevoir) le deuxième à l'aoriste action passée, datée, achevée. La situation à Rome est la suivante. D'un côté, il y a les jeunes chrétiens qui ne sont pas déliés de leurs habitudes juives – aliments et jours – de l'autre des chrétiens qui se sentent libres sur ces questions, d'autant plus facilement qu'ils étaient peut-être d'origine païenne, ils n'avaient donc pas à « digérer » leur éducation juive. Le fond de l'affaire est simple, ils ne se considèrent plus comme frères, ils ne se reçoivent plus comme partenaires ceux qui ont des idées et pratiques différentes des leurs. La différence est la raison du jugement, du refus d'accueillir. Ce n'est pas à nous de décider qui est recevable. C'est le CHRIST qui reçoit, qui « adjoint ». En jugeant, ils se prennent pour le Christ. Les uns et les autres ne sont pas les portiers du Royaume, ils n'ont pas à se mêler d'une question réglée : Christ a accueilli. Reste ensuite à gérer la différence, mais cela ne fait presque plus partie de l'accueil, il est fait, il ne dépend plus de nous. Il s'agira pour les uns de ne pas juger malgré l'envie qu'ils en ont, pour les autres de ne pas mépriser malgré la tentation qui peut être la leur. L'humilité dont parle Pierre (1 Pierre 5-5) permet de ne pas croire que nous sommes les dépositaires de la vérité et juges des autres. L'attitude Jésus lavant les pieds de ses disciples dit quel est l'esprit de l'accueil mutuel.

Les uns les autres. Les expressions « les uns, les autres », « l'un, l'autre », « mutuellement » ou « réciproquement » sont répétées plus de 137 fois dans le Nouveau Testament. Du moment que nous trouvons si fréquemment des exhortations concernant les relations des uns avec les autres, c'est qu'à côté des uns, il y a les autres. C'est à dire que les chrétiens sont appelés à vivre avec des frères et sœurs dans une église locale dont il partage les problèmes et les responsabilités. La solitude est devenue l'un des problèmes les plus lancinants de notre monde actuel. Tel n'est pas le plan de Dieu : la vie du chrétien implique des relations suivies avec les autres membres du corps. Cette vie ensemble nous apprend à travailler en équipe, à valoriser les autres, à nous corriger mutuellement et à grandir ensemble. D'autre part, les chrétiens auxquels les apôtres s'adressent vivaient dans un cadre précis, où les uns connaissaient les autres. Il était alors possible de s'entraider et d'être solidaires les uns des autres. Ces autres ne peuvent pas être tout le monde. Ce sont des gens précis que l'on connaît, avec lesquels on entretient des relations privilégiées. C'est dans le cadre précis de l'assemblée de ceux qui ont été appelés hors du monde (« Ecclésia »), que Dieu nous éduque à entretenir des relations avec l'ensemble des hommes. Dieu brise progressivement le cercle étroit de notre égoïsme en élargissant peu à peu le cadre de notre affection : d'abord la famille, puis l'Église, et enfin le monde. Dieu veut nous apprendre à connaître et à accepter des gens de plus en plus différents de nous. « Œuvrons pour le bien de tous (tel est le but), mais premièrement (c'est la première étape du chemin) dans la maison de la foi » (Gal 6.10). « Poursuivez toujours le bien, les uns envers les autres, (première étape), comme envers tous » 1 Th 5.15).

Cette expression implique aussi que nous ayons des relations concrètes et constantes avec les membres de notre communauté. Si nous voulons obéir aux différents impératifs associés à l'expression « les uns les autres », nous devons aller bien au-delà des relations qu'il est convenu d'entretenir entre bons voisins. Si je veux exhorter mon frère, il faut que j'apprenne d'abord à le connaître ; s'il doit veiller sur moi, je ne puis me retrancher derrière l'excuse commode : « ce sont mes affaires privées ». Si je veux aimer mes frères et sœurs, « en action et avec vérité », il faut que j'aille les voir, que j'apprenne à connaître leurs besoins et leurs problèmes, que je leur consacre du temps pour les aider. Nous devons entretenir des relations précises et suivies !

Enfin, il est frappant de constater que toutes ces exhortations s'adressent à l'ensemble des chrétiens. Dans la plupart de nos Églises, nous nous attendons tout naturellement à ce que certaines fonctions soient exercées par des pasteurs ou des responsables d'Églises : l'enseignement, l'exhortation, l'édification. S'il est vrai que certains dans la communauté ont des dons particuliers pour effectuer un service donné, cela ne nous dispense pas pour autant de nous mettre au travail, sans « transférer » nos responsabilités. Force aussi est d'admettre que les relations voulues par Dieu dans l'Église sont très diverses. Il n'y a pas d'uniformité dans le plan de Dieu et nous ne pouvons pas nous croire quittes de nos obligations en obéissant seulement à l'un ou l'autre de ces commandements.
Tous ces commandements divers sont de simples variantes du plus fréquent d'entre eux : « aimez-vous les uns les autres ». La plupart des exhortations associées à « les uns les autres » se rapportent à l'amour mutuel et à ses diverses manifestations.

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Mission Vie et Famille