Pour ceux qui désirent aider



En guise d'introduction, précisons que dans la communauté chrétienne, nous ne sommes pas appelés à être les « psys » des frères et sœurs. Notre démarche est d'abord d'ordre « fraternel » et « communautaire », même si des risques d'ambiguïté existent (il y a cependant des similitudes avec « l'approche psychologique »). Il nous semble cependant que le plus le plus grand problème auquel nous sommes confrontés est celui de la « position dissymétrique » que le conseiller ne peut éviter d'avoir à l'égard des personnes qu'il aide. Cette dissymétrie est la condition d'une aide efficace et pertinente. Dès lors, la question se pose à nous : comment, dans la communauté chrétienne, rendre cette dissymétrie compatible avec les liens et l'intimité fraternels que nous sommes appelés à cultiver ? Notons également que la Bible n'est pas un livre psychologique, même si elle contient des trésors de bon sens, de sagesse, de vie et de psychologie ! Nous pouvons d'autre part affirmer que le Seigneur est notre vie et notre source d'inspiration. Mais reconnaissons aussi qu'à bien des égards, nous ne pouvons pas l'imiter dans sa manière unique d'approcher les gens. Donc, nous devrons éviter de faire de « l'angélisme » évangélique ! C'est à tous ces points, et à d'autres, que nous allons essayer d'apporter des réponses dans la suite de cet enseignement. Dans un premier temps, nous pouvons donc lister ce qui nous semble être les attitudes « incontournables » de celui qui désire aider, dans la communauté chrétienne.

Renoncer à la toute puissance. La toute puissance qui domine, contrôle et maintient la personne aidée dans la dépendance et l'infantilisme. Mais c'est aussi la toute puissance de celui qui se croît maître par rapport au disciple, fort par rapport au faible et bien-portant par rapport au malade ; la toute puissance de celui qui croit savoir par rapport à l'ignorant et du faux-humble qui est en fait un vrai orgueilleux. Le lavement des pieds dans Jean 13 est certainement le modèle et l'antidote absolu pour nous éviter de tomber dans le piège de la toute puissance : « Car je vous ai donné l'exemple, afin que, vous aussi, vous fassiez comme moi j'ai fait pour vous » (verset 15). Jésus, dans le lavement des pieds, c'est « Dieu à nos genoux », avec tout ce que cela représente de vertigineux, d'incompréhensible (l'attitude de Pierre) et de contraire aux convenances. L'Evangile, c'est le monde à l'envers. Notons que Jésus a une compréhension profonde de son identité : il sait d'où il vient, où il va et que Dieu a tout remis entre ses mains. Sachant cela, il transforme la compréhension profonde qu'il a de son identité en attitude de service, de serviteur et d'esclave.

Pour nous, « être serviteur » a plusieurs conséquences :

C'est désirer imiter, car le disciple n'est pas plus grand que son Maître. L'humilité sera donc la première marque visible de la personne qui aide

C'est suivre l'exemple et être au service des autres

C'est être conscient de ses limites et de la co-humanité qui nous lie à celui que l'on aide

C'est aussi être conscient de ses forces et de son « état de grâce » (co-gracié)

C'est faire le présent de sa présence, avec patience

 

C'est reconnaître que l'on n'est pas le maître des autres, ni leur gourou

 

C'est être heureux, comme le souligne le verset 17

 

 

 

Renoncer à la toute puissance, c'est accepter de ne pas s'enraciner dans la vie des gens, mais c'est aussi veiller à ce que les gens aidés ne soient pas tentés de s'enraciner dans nos vies. En effet, la tentation est grande parfois d'utiliser celui qui aide comme une béquille qui va nous permettre de rester dépendant et enfant. Il faudra insister sur ce point : devenir libre est plus important, plus riche et fécond que rester dans la dépendance ou l'infantilisme.

Trouver la bonne distance. A notre niveau, c'est savoir adapter notre attitude, à l'image du Seigneur dans Luc 7-38 et Jean 20-17. Dans le premier texte, Jésus accepte qu'une femme pécheresse mouille de ses larmes ses pieds, les essuie avec ses cheveux, les embrasse en y répandant du parfum. Dans le deuxième texte, il refuse net que Marie-Madeleine le touche : « cesse de t'accrocher à moi », lui dira-t-il fermement. Trouver la bonne distance entre douceur et fermeté, entre accueil sans réserve et invitation à l'action, entre position « dissymétrique » et compassion, entre « porter les fardeaux des autres » et ne pas assister les gens, entre s'impliquer avec ceux qui souffrent et les lâcher pour qu'ils progressent.

Mais la bonne distance, c'est aussi savoir s'adapter à des gens différents, sans se renier ni faire de compromis ; c'est faire la différence entre le fondamental et le circonstanciel, sans sacrifier l'essentiel ni être partial. C'est ce qui a de plus frappant dans l'attitude de Jésus : il accueille spécifiquement des gens aussi différents que Nicodème, la Samaritaine, Zachée, le jeune homme riche ou Simon le Pharisien. A chacun il communique une parole personnalisée qui les rejoint dans leur vécu et les aide à faire le pas qu'ils ne savent ou n'osent pas faire. Trouver la bonne distance c'est être suffisamment proche des gens pour entendre ce qu'ils disent et aussi ce qu'ils ne disent pas, pour discerner les vraies confessions des fausses, pour apprécier les motivations apparentes et les alibis non conscients. On peut dire que l'objectif essentiel de cette écoute est de bien faire la distinction entre les réelles souffrances – que l'on doit essayer d'apaiser – et les bénéfices secondaires inavoués – que l'on doit chercher délicatement à mettre en lumière. Ceci revient à dire que trouver la bonne distance, c'est aussi être assez loin des gens pour ne pas les empêcher de grandir et de devenir autonomes. Etre à bonne distance, c'est un art à part entière qui commence dans la pratique et s'affine au travers de l'expérience.

Regarder l'autre avec les yeux du cœur. Car les yeux se scandalisent aisément, alors que le cœur cherche à comprendre, à se mettre à la place. Ceci est important pour ne pas juger les gens, ni les condamner, mais aussi pour être prêt à tout entendre. Encore faut-il écouter attentivement, sans réponse hâtive ! L'objectif ici est clair : c'est accueillir suffisamment l'autre pour l'aider à découvrir le pas qu'il n'ose pas faire et qu'il faudra bien faire à un moment ou un autre ! Ecouter, c'est apprendre à poser les bonnes questions, sans intrusion, mais sans confusion également. Ceux qui désirent aider doivent énergiquement cesser de plaquer leurs stéréotypes sur les gens qu'ils veulent aider. C'est plus important en effet de comprendre vraiment qui ils sont, où ils en sont dans leur vie réelle plutôt que de les prendre là où nos préjugés les imaginent être. Regarder avec les yeux du cœur, c'est aussi regarder avec foi la vie et la fécondité qui sommeillent chez les gens, et ce qu'ils deviendront demain quand ils seront plus libres. C'est encore le Christ qui nous inspire : dans Jean 4, il fait de cette femme Samaritaine au passé lourd, marginalisée et rejetée par son village, la première missionnaire de l'ère chrétienne, qui ira porter à ses concitoyens la bonne nouvelle du Messie. Jésus ne s'arrête pas à ce que les gens sont. Il les voit « devenir ». C'est, il nous semble, une qualité essentielle que doivent cultiver ceux qui désirent aider.

En formation continue. La personne qui veut aider les autres correctement devra développer en permanence :

  • Sa compétence technique, car la maîtrise du savoir que l'on possède est indispensable si l'on veut être pertinents
  • Ses aptitudes pédagogiques, afin de pouvoir transmettre son savoir et son expérience de façon claire, intelligente et efficace
  • Sa maturité humaine et spirituelle, car il ne suffit pas de savoir ce que l'on sait, Dieu nous demande aussi de vivre ce que l'on sait
  • Sa clairvoyance et son discernement spirituel, sans jamais se croire propriétaire de l'Esprit !

 

La formation que nous proposons a pour objectif de répondre à ces quatre points et de montrer que quelque chose est possible ! Cependant, il ne faudra pas en rester là. Chaque volontaire à la relation d'aide devra encore se donner les moyens des objectifs qu'il veut atteindre et de la pertinence qu'il veut développer.

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