La Presse en parle

Famille, Couple, Vie Solo

Dorénavant vous trouverez dans ces lignes des articles sur des sujets relatifs à la famille et le couple mais aussi sur les solobataires.
Sujets de société, sur la parentalité, les relations familiales, les relations parents-enfants ou avec les grands-parents, les relations de couple.
Des sujets de réflexion, des témoignages sur tout ce qui concerne la famille et le couple et la vie en solo.

Cela permettra d’enrichir notre réflexion et de tirer aussi des conseils avisés de ces articles.

 

Ils quittent la maison pour suivre leurs études

Journal La Croix, France Lebreton , le 12/09/2018 à 6h00

De nouvelles relations se tissent entre les parents et leurs enfants partis étudier au loin. Un socle de confiance permet d’établir la juste distance.

Le jeune adulte va devoir apprendre à organiser sa vie, loin de sa famille. / Matthieu Rondel/Hans Lucas


Lou, 18 ans dans trois mois, est à la veille de commencer ses études dans une école de commerce, à plus de 400 km de chez ses parents. À cette idée, elle est « plutôt détendue ». Mais selon Sophie, sa maman, « Lou ne se rend pas compte qu’elle va se retrouver seule dans un studio, livrée à elle-même ». Cette agricultrice de 54 ans s’est toujours débrouillée pour être à la maison le soir, au retour de ses enfants.Désormais Lou ne pourra compter que sur elle-même.« J’espère qu’elle saura garder les pieds sur terre et ne se laissera pas entraîner à faire des bêtises, on ne vit pas dans un monde de Bisounours ! » souffle Sophie, consciente que de mauvaises fréquentations pourraient inciter sa fille à sortir plus que de raison et du coup, à moins travailler, à se démotiver. À l’entendre, le départ de la cadette a été discuté, préparé. D’ailleurs, une séparation a déjà eu lieu il y a deux ans, quand Lou, alors en classe de seconde, a passé trois mois en Allemagne. « Elle a beaucoup grandi durant ce séjour », reconnaît Sophie.

De fait, une première expérience de séparation est un bon indicateur de réussite du passage dans l’enseignement supérieur. « Un éloignement a pu être une aventure, certes, mais s’il n’a pas été un drame, la rupture sera alors plus facilement vécue », confirme le pédopsychiatre Patrice Huerre (1). Selon lui, le grand ado qui devient étudiant n’a pas encore tout à fait un statut d’adulte.« Qu’il habite avec eux ou non, il reste dépendant des parents. Il a encore besoin d’eux sur le plan matériel et affectif. » C’est aussi la conviction de Frédéric Moutou, chargé de prévention à la Smerep, une mutuelle étudiante : « La première année d’études correspond à la dernière étape de l’adolescence. On devient adulte graduellement. »

Selon Patrice Huerre, le bon déroulé de cette transition est avant tout fonction de l’histoire du jeune et de ses parents. Néanmoins, un certain nombre de facteurs entrent en jeu : les études sont-elles choisies ou subies ? Si elles ne correspondent pas au projet de l’enfant, l’éloignement risque d’être plus difficile à vivre. Pour d’autres, étudier à distance peut correspondre au souhait de prendre leur envol.

Autre élément important : les parents eux-mêmes. L’entrée en fac de leur progéniture leur fait revivre ce qu’ils ont éprouvé au même âge, une période exaltante, un premier amour… Ou, à l’inverse, ce qu’ils n’ont pas pu vivre, avec tout un lot de regrets et d’espoirs déçus. « Comment notre enfant va-t-il se débrouiller sans nous ? » Derrière cette interrogation parentale se pose la question de la prise d’autonomie, engagée bien en amont.

Tout dépend là aussi de l’histoire commune, des expériences passées. Si l’ado a prouvé qu’il était capable de respecter les règles, l’adulte n’aura pas de doute sur sa capacité à se débrouiller. Au contraire, s’il lui arrivait, par exemple, de rentrer ivre de soirée, les parents se montreront inquiets, à juste titre. Selon les cas, les mesures de protection ne seront pas les mêmes. Un parent peut être ainsi amené à préférer que son enfant vive dans un foyer étudiant offrant un cadre assez strict plutôt qu’en colocation.

C’est un fait, les parents aiment garder le contrôle. Comment faire en sorte que le curseur soit bien positionné ? Il faut convenir, ensemble, à l’avance, d’un cadre qui ne soit ni trop envahissant ni trop distant. Par exemple, s’appeler une fois par semaine et revenir à la maison une fois par mois. Quitte à réajuster les modalités. Patrice Huerre remarque également que la communication ne doit pas être à sens unique : l’ado a besoin de savoir comment on vit sans lui. Les parents donneront des nouvelles, le feront participer à la vie de famille en envoyant des photos des grands-parents, des voisins, sans attendre de réponse.

Comme à chaque étape de son parcours scolaire, le jeune doit petit à petit organiser sa vie, acquérir un niveau d’autonomie suffisant pour anticiper son travail, acquérir une méthodologie. À la fac, il sera en autonomie totale. Personne ne se plaindra de son absence. Une liberté précieuse pour ceux qui sont à l’aise, un facteur de désorganisation et de déroute pour d’autres. Dans cet univers inédit, les jeunes ont besoin d’être informés, parfois accompagnés, au moins au cours du premier semestre. Les parents gagneront à s’assurer que les nouvelles règles, établies avant la rentrée, ont été bien comprises. Ainsi, on se met d’accord sur un budget précis, en fonction des besoins. « On lui donne toutes les clés pour l’aider à orienter ses choix, mais on ne les impose plus », préconise Claire Baudon, responsable prévention à la Smerep. Au jeune ensuite d’en assumer les conséquences.

Les parents continuent d’être des acteurs essentiels de la prévention des dangers liés notamment à l’alcoolisation et au cannabis. Mais cela ne suffit pas toujours à éviter les prises de risque. « Les étudiants sont majeurs. Ils veulent éprouver leur majorité, quitte à aller un peu loin dans leurs excès », observe Claire Baudon. Sur les conduites à risque, il est essentiel que la position des adultes soit claire. Et que la confiance soit réciproque. Les adultes ont confiance dans les capacités de leur enfant à sortir d’une difficulté. Et celui-ci fait suffisamment confiance à ses parents pour ne pas cacher un problème, et les considérer comme un point d’appui.

La vigilance s’impose néanmoins, surtout à distance, pour repérer les signes de mal-être – maux de ventre, troubles du sommeil, silence radio… « Ils peuvent traduire un sentiment de solitude, fréquent chez les étudiants accaparés par leur travail », prévient Patrice Huerre. On peut alors les encourager à s’inscrire à une activité sportive ou culturelle. Enfin, mieux vaut éviter de leur faire porter le poids de nos inquiétudes ou la tristesse que l’on ressent parce que la maison familiale, désormais, semble vide. Ils ont déjà fort à faire avec leur propre stress.

France Lebreton

 

Mariages arrangés, une réalité indienne

Journal La Croix, Vanessa Dougnac , le 27/06/2018 à 6h00

En Inde, le mariage arrangé reste le maillon d’un projet social à l’échelle d’une vie. Deux couples livrent leur histoire.

Couverture de l’album de fiançailles de Vishwanathan (Raju pour sa famille) et Radhika. / Vanessa Dougnac


Delhi (Inde)

De notre correspondante

Sur la table d’un petit appartement de New Delhi, les pages se tournent et les souvenirs défilent. Entourés de leurs deux filles et des grands-parents, Vishwanathan Karithatil, 44 ans, et Radhika Balakrishnan, 38 ans, se replongent dans leur album de fiançailles. C’était il y a seize ans. Les époux rient en redécouvrant une pause langoureuse que le photographe les avait obligés à prendre à la manière des acteurs de Bollywood. Ils avaient dû s’asseoir dans l’herbe dos à dos, le regard tourné vers l’objectif. « Je n’avais jamais approché Radhika et cette promiscuité avec son dos me mettait mal à l’aise », commente « Vish ». Le futur marié suivait alors docilement les règles d’un mariage arrangé. Et cette institution, incontournable pour 1,3 milliard d’Indiens, limite au strict minimum les relations du couple avant les noces. Comment peut-on ainsi s’engager pour la vie avec un partenaire dont on ne connaît rien – ou si peu ?

« C’est un risque calculé, estime Radhika, rieuse et volubile. Il y a une part de chance. Mais le principe est de procéder à une bonne sélection du partenaire selon les attentes des deux familles. » Quand ses parents décident de la marier, elle n’a que 23 ans. « Depuis mon enfance, j’avais été conditionnée pour ce moment, donc, d’une certaine façon, j’étais prête. » Sa famille publie alors une annonce dans le bulletin d’un temple hindou de leur communauté, au Tamil Nadu.

Vish, lui, a 29 ans à l’époque. Il travaille comme un forcené dans une société d’import-export à Delhi et s’en remet à ses parents pour son mariage. « J’ai suivi le modèle, concède-t-il. Mes parents ont cherché une candidate au sein de notre caste. » Vish refuse cependant d’aller visiter les prétendantes : « Cela aurait été comme acheter une marchandise ! » Ses parents présélectionnent pour lui Radhika. Les horoscopes s’avèrent compatibles et Vish peut rencontrer sa promise. « Habituellement, c’est l’homme qui interroge la femme, mais c’est moi qui l’ai bombardé de questions, raconte Radhika. Les membres de ma famille écoutaient derrière la porte et riaient. Ils m’ont dit que j’avais mené un vrai entretien d’embauche ! »

Le couple se plaît et la date du mariage est fixée. Avant la cérémonie, Vish envoie une lettre à sa fiancée : « Je lui disais que je ne voulais pas la dominer et que nous devions d’abord être amis. » Radhika est touchée. « Il ne me jugeait pas et j’ai eu confiance en lui, admet-elle. J’ai commencé à tomber amoureuse de lui. »

Adnyesh Dalpati et Apurva Mhatre, eux, sont plus jeunes et vivent à Mumbai mais ils n’en respectent pas moins les traditions. En 2012, Adnyesh a 28 ans quand il s’inscrit sur un site matrimonial. Apurva, âgée de 22 ans, crée elle aussi avec ses parents un profil sur le site Matrimony.com. Les deux candidats se sélectionnent. « La priorité était d’identifier un partenaire compatible pour la vie, souligne Apurva. L’amour au premier coup d’œil, ça ne marche pas. »

En Inde, trouver sa moitié est un projet social si bien articulé qu’il permet de durer lorsque l’entente est au rendez-vous. « Définir ses attentes est essentiel afin d’éviter le compromis ou le regret », souligne AdnyeshLe couple s’est donc accordé sur ses choix : vivre en Inde, malgré les possibilités d’une carrière à l’étranger, et aux côtés de leurs parents. « Un mariage consiste à épouser une famille entière, rappelle Apurva. Appartenir à la même caste est aussi le gage d’une adaptation immédiate. »

Le site Matrimony.com l’a bien compris et s’appuie sans complexe sur le système des castes. « Nous ciblons ainsi les gens issus d’une même culture, ce qui aide à limiter les frictions dans les mariages », explique Murugavel Janakiraman, le patron du site. Ce portail Internet connaît une croissance fulgurante et a remplacé la tante entremetteuse d’antan. Il propose plus de 300 plateformes matrimoniales, organisées selon les castes, les classes et les religions, et a scellé près d’un million de mariages.

Sur l’application, les candidats ou leur famille spécifient caste, sous-caste, religion, couleur de peau, signe astrologique, etc. La propension au bonheur se mesure en points communs. « Les couples pensent qu’ils seront heureux s’ils se ressemblent », concède M. Janakiraman, qui a lui-même trouvé son épouse sur son site. Dans le cas d’Adnyesh et d’Apurva, le résultat en dit long : tous deux sont ingénieurs, issus de la même caste, et leurs familles ont découvert qu’elles avaient été amies et voisines à Mumbai. Quatre mois plus tard, le mariage était célébré.

Mais les mystères de l’entente amoureuse ou sexuelle restent tabous, confinés dans l’intimité du couple. Apurva et Adnyesh laissent échapper un rire gêné en admettant leur amour mutuel. « Je me souviens du jour où je suis tombée amoureuse, confie la jeune femme. Nous étions partis en famille acheter les bagues de fiançailles mais la plupart des boutiques étaient fermées et je ne trouvais rien à mon goût. Tout le monde était irrité. C’est alors qu’Adnyesh m’a prise à part et m’a dit qu’on se fiancerait avec une fausse bague et qu’on achèterait plus tard la bague de mes rêves. À ce moment, j’ai compris qu’il me soutiendrait dans toutes mes décisions. » L’intéressé, lui, tempère en soulignant que l’amour se construit au fil de la vie et non à la faveur d’un pareil incident.

« La culture occidentale est basée sur le bonheur personnel, conclut Vish, dans son appartement de Delhi. En Inde, il nous faut d’abord sécuriser financièrement et socialement notre vie. Et le mariage en fait partie. Ensuite vient le bonheur. »Et sa femme Radhika referme soigneusement les pages de leur album de photos. Elle l’enveloppe d’un film plastique et le remet dans une armoire fermée à clé, bien rangé pour défier les années.

Vanessa Dougnac

 

Version imprimable Version imprimable | Plan du site
Mission Vie et Famille